Un mois à passé depuis notre départ de Bolivie. Après avoir parcouru 3295 km en bus et 9850 km en voiture, notre périple en Argentine touche à sa fin. Les vents patagons sont derrière nous, la chaleur de Buenos Aires est de retour. Mais reprenons où nous nous étions arrêtés, à la traversée du Sud Lipez, en Bolivie.
Nul besoin d'ouvrir les yeux pour savoir que nous avons passé la frontière argentine. L'asphalte refait son apparition. J'ai l'impression d'avoir le cul posé sur de la ouate tant le contraste est grand avec les pistes boliviennes. Celles-ci m'ont certainement fait perdre quelques millimètres à force de tasser mes vertèbres, comme si j'avais besoin de cela. A peine avons nous repris la route vers Salta, notre première destination, que notre instinct de chasseur reprend le dessus. Car elles sont déjà là, nos promises, celles que nous attendions depuis des semaines, paissant inconsciemment le long des routes. Nous allons enfin pouvoir changer notre alimentation constituée de riz, de poulet et de lama. Enfin poulet...
Nous passons donc quelques jours à Salta, capitale de la province du même nom, au nord-est du pays. La ville est agréable et animée, et très vite nous nous rendons compte de la gentillesse et du côté avenant des argentins . Le lendemain de notre arrivée, l'auberge dans laquelle nous nous sommes posés organise un barbecue, vin et viande à volonté. Monumentale erreur... Nous sommes seulement sept à partager ce festin. Une bombone de vin de cinq litres trône fièrement au centre de la table et une quantité absurde de barbaque est déjà en train de cuire. C'est l'orgie. Quelques heures et une nouvelle bouteille plus tard, le patron de l'hotel, un beau bébé anglais, sort son appareil photo et s'approche de Stephen. "Je dois te prendre en photo mec, je n'ai jamais vu quelqu'un manger autant de viande depuis que je fais des barbecues". C'est la consécration. La journée suivante sera essentiellement consacrée à la méditation...
Quand j'étais gamin, j'adorais regarder l'émission Des Trains Pas Comme Les Autres avec ma grand-mère. On y découvrait des pays à travers leurs trains, tous plus insolites et impressionnants les uns que les autres. Et je me souviens d'avoir vu un jour El Tren a las Nubes, le Train dans les Nuages, avec ses ponts vertigineux, dessinés une fois de plus par notre Eiffel national. C'est avec ce même regard d'enfant que nous prenons les billets pour ce qui est l'attraction touristique principale de la région, non sans avoir longuement hésité à lâcher 460 pesos ( 85 euros ) par tête, à savoir quatre jours de budget. La description envoie du lourd et promet un voyage vertigineux à travers des paysages magnifiques et variés. Le tout pendant quatorze heures... Nous embarquons ainsi de bon matin, dans ce qui ressemble plus à un TER dans lequel on aurait installé des écrans LCD qu'au train en bois "authentique" que je m'étais imaginé. On y apprend rapidement qu'il tient son nom, non pas de l'altitude à laquelle il évolue, mais de l'épaisse fumée de vapeur qu'il laissait jadis derrière lui. Le mythe s'effrite.
Après quatre heures à longer l'Altiplano, nous commençons à penser que le spectacle va devoir envoyer du steack et nous apporter une bonne dose d'adrénaline pour compenser l'emmerdement qui nous gagne. Etrangement tout le monde dans le wagon, essentiellement des argentins, a l'air d'apprécier la journée. Nos voisines les mamies boivent leur maté en profitant du paysage, piquent un petit roupillon, puis se réveillent en extase devant un petit groupe de vigognes. Rapidement nous perdons tout espoir, la voix du guide nous annonce que nous allons bientôt atteindre la cerise sur le gâteau de ce trop court voyage ! Une merveille d'architecture ! Le fameux pont de 60 mètres dessiné par Gustave Eiffel. Plutôt impressionnant, mais pas de quoi fondre en larme devant un tel spectacle. Le train relève plus du mytho que du mythe.
Très vite il faut repartir, et le cauchemar continue. Pour ceux qui n'auraient pas assez profité de la platitude des paysages, le train reprend le même trajet. Ö joie. Un mix de clips des années 80 fait notre bonheur durant quelques heures, avant l'entrée en scène du magicien... Le final est indescriptible, la remise des diplômes. Un énorme sentiment de solitude nous envahit. Une hôtesse appelle un à un les passagers du wagon pour leur remettre leur récompense. C'est que l'effort fût intense. Je souhaite à cet instant que des Détraqueurs viennent aspirer mon âme et me fassent oublier cette mascarade. En tant qu'anciens élèves de l'Actor Studio, nous jouons le jeu puis partons nous gaver de pizzas pour oublier. Oublier l'erreur de débutant que nous avons commise en fonçant tête baissée dans la gueule de l'attrape touriste.
Après quelques jours passés à Salta, nous atteignons Puerto Iguazu après 20 heures de bus, au nord ouest de l'Argentine. Terre rouge, chaleur humide, pas de doute, nous sommes de retour à l'orée de la jungle. Ici les stars ce sont les chutes. Classées au patrimoine mondial de l'Unesco, les 275 chutes qui s'étalent sur trois kilomètres font la fierté de l'Argentine. La légende guarani raconte qu'il y a bien longtemps, Naipu, une jeune fille d'une beauté exceptionnelle, fût promise en mariage à un dieu éperdument amoureux d'elle. Mais Naipu était éprise d'un autre homme, guerrier et simple mortel. Lorsqu'ils tentèrent de s'enfuir en canoë sur le Rio Iguazu, peu de temps avant le mariage, le dieu, furieux, créa les chutes pour stopper leur fuite.
Difficile de ressentir le côté sauvage du parc naturel tant il a été bien aménagé. Les différents circuits relèvent en effet plus de la balade dans un jardin public que de l'expédition en forêt. Mais cela reste tout simplement génial. Pour les amoureux de la faune et la flore, c'est le paradis. Ici les animaux sont habitués à la présence de l'homme. Les coatis, toucans, et singes, si difficiles à observer en pleine jungle, évoluent à seulement quelques mètres des touristes. Avec un peu d'attention on peut aussi dénicher quelques serpents. Arrivé au pied des chutes, je reste bouche bée, me demandant si j'ai déjà vu quelque chose d'aussi beau. J'essaye de me mettre à la place des conquistadores qui les ont découvertes par hasard au XVI ème siècle, guidés par leurs grondements lointains. Le spectacle atteint son apogée alors que nous arrivons au dessus de la Gargantua Del Diablo, la Gorge Du Diable, haute de soixante douze mètres. Ce qu'on appelle une force de la nature.
Encore un vingtaine d'heure en bus pour rejoindre Buenos Aires, et la vraie découverte de l'Argentine va pouvoir commencer. Près de dix milles kilomètres à parcourir la boucle australe. Route des Vins, Route des Lacs, Patagonie, nous voici !

Merci Nick, j'étais impatiente de voir les chutes d'Igazu, c'est sublime, c'est déjà trop beau un photo : alors en vrai, c'est top.
RépondreSupprimerà bientôt pour les photos de l'argentine.
Photos et récit nickels, comme d'hab :)
RépondreSupprimerAhahah, les détraqueurs ;)
RépondreSupprimerPas une seule photo du barbec ? Je suis déception.
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