jeudi 4 novembre 2010

Le Chemin de l´Inca

Il est des lieux qui n'en finiront jamais d'alimenter les fantasmes des voyageurs en mal d'aventure, de nourrir l'âme d'enfant de ceux qui gardent encore ces images de cités perdues, mystérieuses et inaccessibles. Le Machu Pichu fait sans aucun doute partie de ces géants de l'archéologie à pouvoir entrer au Panthéon des merveilles du monde.
Après avoir passé quelques jours à Cuzco, la plus ancienne ville habitée du continent, nous sommes fins prêts pour le trek.
Notre petite expédition se compose ainsi de 24 personnes, dont 9 porteurs. Nos quatre amis grenoblois, Claude, Véro, Bernard et Brigitte, ainsi que Frances, qui mène sa petite équipe de quatre espagnols. A eux s'ajoutent un couple norvégien et un couple belge.

 

Cette fois-ci, nous partons légers, 5 kilos max et basta.Tellement légers que nous oublions notre argent. Nous passerons ainsi pour des clodos de compétition les quatres jours qui suivront, acceptant non sans honte les bières offertes par nos chers grenoblois.
Nous voilà partis pour la citadelle, REdécouverte en 1911 par l'historien américain Hiram Bingham. Des preuves de sa découverte par les espagnols furent en effet apportées il y a une trentaine d'années.
Midi, l´heure du départ. A peine avons nous fait quelques dizaines de mètres que la nature nous offre son premier spectacle. Un combat entre une tarantule et une espèce de gros frelon noir géant aux ailes rouges. Contre toute attente, la poilue reste sur le carreau, se faisant traîner péniblement par son victorieux adversaire, qui lui aussi semble avoir reçu un mauvais coup.
Plutôt enthousiasmés par cette première rencontre, nous repartons le pas léger pour deux ou trois heures de marche seulement, convaincus que ce trek ne pourra pas être pire que le Santa Cruz. Vers 17h, le camp est posé. C'est l'heure de la collation. Café, maté de coca, pop corn, puis, vers 20h, le diner servi à table. Le ton est donné, ce sera Disneyland. Nous vivons un rêve éveillé, tout ce que l'on devra faire, c'est marcher. Ô joie.

Lucio, notre guide, nous a prévenu. La deuxième journée sera la plus difficile et la plus longue, jonchée de marches menant à un col culminant à 4215m, le Col de la Femme Morte, en référence au profil qui se dessine sur la crête. Il a raison, c'est la partie la plus physique. Quelques magnifiques ruines appellent à des pauses bien méritées. Les pentes se font plus raides, mais les pas plus petits, l'effort dosé et la fatigue limitée. Comme l'esprit d'Alexis est avec nous, ce premier col est pour nous une compétition. On ne va pas se laisser doubler par les vieux, merde! ;) 3h30 plus tard, nous levons haut les bras pour célébrer cette victoire du pauvre. Nous sommes talonnés de près par Claude, qui arrive seulement 10 minutes plus tard... avec un sac de 30 kilos sur le dos et assez d'eau pour approvisionner 20 personnes pour 15 jours. C'est un monstre, juste. Son point fort : il ne s'arrête jamais. La procession de trekers arrive jusqu'ici sans encombre. A l'exception de notre norvégienne qui ne voudra pas tenir compte de nos conseils concernant deux fâcheuses habitudes qu'elle s'est évertuée à garder pendant tout le trajet, à savoir, s'hydrater au Coca Cola en altitude, et monter des marches énormes en ligne droite. Après l'ascension vient la descente. Mon ampoule astronomique rendra celle-ci quelque peu désagréable. Je ferme la marche jusqu'au bivouac et pense à la prochaine côte. Entre temps, nous traversons la Cité des Nuages, dont les impressionnantes ruines plongent en espaliers dans la forêt. Un instant tout est clair. L'instant suivant, l'origine de son nom devient limpide. Des nuages remontent la vallée, nous enveloppant d'une brume épaisse.. Le lieu devient mystique, paisible.


Disons le tout net, les deux derniers jours constituent la meilleure partie du trek. La végétation de la fôret d'altitude lui confère une dimension particulière, donnant l'illusion de pénétrer dans un monde perdu. Il ne nous manque plus que le fouet pour nous y croire... Les épaisses lianes qui parasitent les arbres descendent jusqu'au dessus de nos têtes. Fini les espaces silencieux des vallées arides, les oiseaux assurent la bande-son sans discontinuer. Des colibris de toutes tailles enchaînent vols stationnaires et mouvements rapides, comme pour défier les objectifs de nos appareils.
Les Incas n'ont pas construit un chemin dans la montagne, ils l'ont adossé à celle-ci. Un travail titanesque qui peut atteindre à certains endroits les sept mètres de hauteur.


Le troisième jour, nous apercevons l'autre versant de la montagne du Machu Pichu. Au pied de celle-ci serpentent les eaux rouges du fleuve Urubamba. Et plus loin encore, la ville de Machu Pichu, Agua Caliente, lieu de départ de l'invasion quotidienne de touristes. 

Le dernier jour, tous les campements se lèvent à 3h30. Il faudra attendre 5h30 pour enfin pouvoir partir. La pluie nous accompagne jusqu'à l'Intipuku, la Porte du Soleil, qui offre une vue plongeante sur la citadelle. Arrivés dans la brume, nous ne pouvons distinguer que quelques terrasses. Vingt minutes plus tard, nous devons nous résoudre à quitter les lieux, persuadés qu'il s'agit du meilleur point de vue. J'essaye de prendre les choses avec philosophie, mais je ne peux m'empêcher de penser "Allez Mère Nature, fais un effort, on a ramassé tous nos papiers!". Une heure trente plus tard, le moral remonte. Le Machu Pichu est là, devant nous. C´est la claque. Nous profitons du calme avant l´arrivée massive des touristes venus par bus. Le lieu est magnifiquement entretenu. Bernard nous confie que lors de sa première venue ici, il y a 30 ans, l´endroit était plus sauvage, moins visité. Car le Bernard, malgré son age avancé, en a sous la semelle. Il a eu l´immense privilège de pouvoir faire ce trek de manière autonome, de prendre le temps de contempler ces monts auréolés de nuages, en un mot, de se sentir seul face à la nature. Veinard. Nous quittons l´ancienne demeure des vierges de l´empereur, désormais assaillis par des visiteurs du monde entier. Un petit tour en train pour profiter une dernière fois de la vallée, et nous voici de retour à Cuzco. Le Machu Pichu est certes devenu une grosse machine à sous, mais il n´a rien perdu de son aura. A très vite pour des nouvelles du Lac Titicaca, de La Paz, de la jungle...



12 commentaires:

  1. oui , tout ce qui est écrit est vrai ,la forêt , les ampoules , les premiers au col !4 jours de bonheur en leur compagnie , un des bons souvenirs de notre voyage . On reve encore en lisant leurs commentaires ! Que la route soit belle et soyez forts !
    ( toujours pas revus nos 10 soles !!!!)

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  2. Vous avez l'air humide sur votre photo!!!
    bisou a tous les 3

    Marielle

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  3. « Tellement légers que nous oublions notre argent »

    Clap clap clap clap clap. Champions du Monde, vraiment. Bande de baltringues !

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  4. Merci de nous faire partager vos aventures, dans l'attente de l'album photos du chemin des Incas!
    bonne route les champions!

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  5. La technique d'oublier sa thune à l'hôtel pour se faire payer des bières gratos, c'est bon ça ;)
    Sinon magnifiques paysages, la végétation de la jungle fait vraiment monde perdu.

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  6. un super trek et tout ce qui va rester c'est que vous avez oublié votre argent...

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  7. "Le Machu Pichu est certes devenu une grosse machine à sous, mais il n´a rien perdu de son aura"
    Quel splendeur ce site même si c'est dommage que l'Inca trail soit devenu ce qu'il est !
    Quand je pense à tous ce qui vous attends encore je vous envie tellement ...
    Profitez bien ;)

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  8. Sachant l'histoire de ces lieux ! j'aurais flippé d'y mettre un pied ! ... mais il faut voir de ses yeux ! c'est le meilleur ! (MB)

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  9. Je vais répéter ce qui a déjà dit, mais vous faites vraiment envie !
    Les photos sont magnifiques.

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  10. Un trek "all inclusive", on devrait rien avoir à payer de plus :)

    (Tu reverras tes 10 soles "Anonyme", une séance photo gratuite et exclusive ça n'a pas de prix ;)

    Merci pour vos commentaires, bientôt l'album photo.

    PS : Mise en ligne de l'onglet "Tableau de bord" qu'on va essayer de tenir à jour de temps à autre.

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  11. ok , une bonne séance photos arrosée de St Joseph et de quelques ravioles et on oublie les 10 soles ,mais prenez votre temps et savourez ce qui voue entoure ...
    enfin n'attendez pas trop quand même car la vieillesse nous gagne

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  12. Magique la dernière photo!

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