De tous temps, les hommes sont fascinés par la jungle. Animaux fabuleux, plantes inconnues et lieux inexplorés font de ces zones inextricables un endroit mystérieux. Notre objectif est simple, découvrir la jungle, sa faune et sa flore dans les profondeurs du bassin amazonien.
Après avoir pris plusieurs contacts, nous repérons l'agence qui nous amènera dans ces lieux tant attendus : l'agence Madidi Travel fondée par Rosa Maria Ruiz met un point d'honneur à protéger l'incroyable diversité de la réserve de Madidi. Elle dénonce les abus innommables d'autres agences moins scrupuleuses qui n'hésitent pas à pratiquer la chasse au jaguar, au paresseux (qui n'évite pas les balles malgré son incroyable vélocité) et le dépeçage en règle qui s'en suit.
Notre choix arrêté, une planification d'itinéraire s'avère nécessaire. Nous partirons en bus, moins coûteux bien qu'un peu plus long... !!! ... 18 heures plus tard, après avoir frôlé nombre de précipices sur la route - dite - "de la mort", nous arrivons enfin à la dernière étape avant notre départ pour la jungle : Rurrenabake.
Après plusieurs semaines de voyage, une variété culinaire se dépréciant de jour en jour et nos estomacs criant STOP aux inévitables pollo (poulet) a la plancha, a la frita, a la brasa, a la milanesa, c'est le destin qui nous enverra Thierry, un ancien caporal militaire reconvertit en boulanger français pure souche. C'est donc sans l'ombre d'une hésitation que nous irons profiter de ses croissants et autres pains au chocolat (fait lui même avec du cacao de la jungle, oui monsieur).
C'est presque réconcilié avec la nourriture que nous nous dirigeons vers l'agence Madidi Travel, lieu de départ de l'expédition. Un accueil impeccable, un briefing efficace et nous voilà partis en barque à moteur pour environ 3 heures sur le rio Béni, sous-affluent important de l'amazone, en direction de la réserve Serere. L'aventure commence...
Chapitre 1 : Premiers pas
Le rio Béni est large d'une centaine de mètres environ. Les côtes du fleuve défilent mais ne se ressemblent pas : bambous hauts de 10 mètres, rives parsemées d'arbres blancs ou morts, végétation luxuriante et hétérogène, berges parfois au ras de l'eau parfois à plus de 5 mètres sur une "falaise" de terre instable... Les arbres situés en bordure chutent souvent suite à l'érosion du fleuve ou de la pluie. On croise ainsi de nombreux troncs ou branches, enlisés au fond de la rivière, qui rendent la navigation dangereuse pour qui ne connaît pas bien la rivière et ses courants.
Après avoir croisé des pêcheurs nomades et leur avoir acheté un modeste piranha de 5 kg, nous terminons notre "croisière".
Premiers constats, la forêt est dense mais praticable, la chaleur se fait plus lourde et l'humidité plus importante au fur et à mesure que nous pénétrons dans la jungle. Les sons sont omniprésents, le silence n'existe pas ici, insectes, oiseaux.... la vie fourmille : sous nos pieds, à nos côtés très proche et bien sûr au dessus de nos têtes.
30 minutes de marche dans la jungle plus tard, nous découvrons nos modestes demeures :
- Murs en moustiquaires (empêchent très judicieusement le passage d'insectes de type "moustiques" au profit d'un air plus frais),
- Lits confortables avec moustiquaires (empêchent très judicieusement le passage d'insectes de type "moustiques" au profit d'un air plus frais),
- Douche,
- Toilettes (les meilleurs du voyage, cherchez l'erreur... même pas besoin de jeter son "papier" dans une poubelle dédié pour ne pas qu'elles se bouchent).
- Anti-moustique (qui selon lui ne fonctionne pas...)
- Lampe frontale,
- Eau,
- Vêtements de pluie
Notre positionnement est simple et efficace : Nick à la traduction, Coute à la prise de son et Moi à la prise de vue, nous sommes vite submergés par le flux d'informations :
- Chauves-souris endormies au creux d'un tronc
- Termites : Omniprésentes dans la jungle, ils créent des "nids" accrochés aux arbres et prennent possession de son écorce. (Elles ont goût de sève)
- Lianes géantes, lianes pendantes, lianes s'enroulant autour d'arbres comme des parasites, elles sont partout.
- Tortue : pénétrant plus profondément dans la jungle, on tombe parfois sur une grosse tortue (Voir album :)
- Singes hurleurs : le cri de ces singes s'écoute et ne se décrit pas.
- Tombée de la nuit : toujours très loin du camp, notre guide avance encore à la machette, nous n'avons pas retrouvé de route. Il s'arrête parfois, écoute, semble hésitant. Nous commençons à nous demander si nous ne sommes pas perdus...
- Caïman : Arrivée sur la berge du lac, un caïman plonge juste devant nous mais nous n'avons pas le temps de le voir.
- Chauves-souris en vol : Magnifique ballet sur la berge pendant le crépuscule, elles nous frôlent parfois à quelques centimètres.
- Singes (Capucins) : Ils nous observent, 30 mètres au dessus de nos têtes et nous balancent des petits bouts de bois comme pour voir comment ces intrus vont réagir...
- Araignées nocturnes : La lampe frontale de Coute possède une fonction des plus intéressantes pour repérer les araignées en pleine nuit, la lampe rouge. On se rend alors compte qu'il y'en partout, allant de la taille d'un pouce à celle d'une main.
Première nuit, épuisés, nous (surtout moi) prions pour que les moustiquaires fonctionnent correctement.
Chapitre 2 : Flore et artisanat
Réveil. Départ pour la casa grande. Rencontre !
Après un solide petit déjeuner, nous partons tôt à la découverte de la flore environnante. Heriberto, encyclopédie vivante, nous décrit les plantes rencontrées, leur utilité :
- Une plante qui soigne les piqûres d'insectes (testée par votre serviteur, arrête au moins la démangeaison),
- Une plante qui empêche ces mêmes piqûres (on se demande toujours pourquoi il ne l'utilise pas au lieu de "claquer" les moustiques à longueur de journée),
- Arbre à curare, très utile à différentes fins : paralysie si distillé sous forme de fléchette, cécité si mis dans les yeux (L'urine permet de l'éviter si vous êtes rapide), mort si ingestion.
- Arbre contre la malaria qui serait bien utile dans certains pays.
Premier tour en barque, beaucoup d'oiseaux, découverte des fourmis géantes (3 centimètres). Il s'agit de ces fourmis qui ont justement posées problème à l'un des guides (et qui accessoirement ont été utilisée par la police antisociale de Bolivie pour punir certains rebelles en les attachants à un arbre... une quinzaine de morsure entraînant la mort...).
Début d'après-midi, repas et digestion avec un court d'artisanat avec Heriberto qui nous confectionnera à chacun un collier à l'aide de petites noix de coco, très nombreuses ici.
Fin d'après-midi, départ pour la chasse au caïman, une de nos "cibles" privilégiées (avec le jaguar, mais nous avons tiré un trait dessus quand Heriberto nous a avoué ne pas en avoir vue un en 20 ans de jungle). Nous prenons donc la barque (à rames) pour faire le tour du lac adjacent à la casa grande. Nous y avions déjà aperçu un monstre de 5 mètres mais dans l'eau (ça ne compte pas).
La "pêche" fut plutôt bonne si on considère que ces $#£*!! de serere (volatiles magnifiquement colorés) sont les rois du "Tu me vois ? Je me planque vite dans les fourrés" :
Retour juste à temps pour le dîner et pour un de nos premiers évènements. En Bolivie, la coutume quand c'est son anniversaire, c'est d'être le premier à goûter son gâteau mais sans les mains.
Après un repas de fête bien arrosé, nous repartons sur le lac, de nuit. On ne voit pas vraiment les caïmans, on les devine à leurs yeux oranges lorsqu'ils sont éclairés... Alors forcément, quand on éclaire environ 30 paires d'yeux sur la berge à moins de 10 mètres de notre embarcation, on devine que l'idée du bain de minuit n'est finalement pas si bonne que ça...
Chapitre 3 : Retour
Dernier jour, après une nuit de pluie, la température a baissé. Des trombes d'eau s’abattent sur la réserve Serrere, nous restons à la casa grande.
Parfois on fait des rencontres inattendues, c'est le cas de Nick lorsque nous l'entendons crier un superbe "Oh, Bordel !" en s'apprêtant à ouvrir la porte de la casa grande, manquant de toucher...
Départ en début d'après-midi... Rosa Maria rentre avec nous et nous offre une discussion passionnante (en français, surprise) sur sa vie et son combat.
Rosa Maria est à l'origine de la création du Parc national de Madidi, elle s'est battue pour le parc et sa préservation. Malheureusement, la réalité actuelle est que le gouvernement Bolivien malgré l'existence d'un parc prétendument protégé, ne fait rien pour empêcher le braconnage et la chasse en son sein. Des agences peu scrupuleuses mais aussi des compagnies industrielles (déboisage) continuent d'exploiter les ressources naturelles du parc sans que personne ne puisse s'y opposer.
Rosa Maria essayera de trouver du soutien à travers d'autres fondations de préservation de la nature, donc une des plus prestigieuse fondation américaine. Il s’avérera que cette fondation, en grande partie financée par l'industrie pharmaceutique pour leur image, ne cherchera pas finalement à l'aider. Au lieu de ça, la fondation fera tout pour piller la richesse du parc en terme de plantes médicinales et surtout les connaissances des tribus et des shamans locaux allant jusqu'à tentatives de meurtres, vols et destructions de plantations.
Rosa Maria estime que plus de 50 % des médicaments actuels sont des versions synthétiques de plantes "volées", moins efficaces, mais surtout plus facile à "posséder", breveter et reproduire pour ces industries.
Ces 50% sont tirés de 10% des plantes existantes dans le parc de Madidi, et actuellement les 90 % restants sont en cours de destruction intensives sans que personne ne puisse rien faire (une perte inestimable).
Rosa Maria, a juste titre, ne fait plus confiance à ces grosses fondations et a donc décidé de se battre seule mais à son échelle en préservant tant bien que mal la réserve de Serere situé à l'est du parc de Madidi, une zone bien évidemment beaucoup plus modeste.
Nous partons le coeur lourd, nous aurions aimés rester plus longtemps, nous aurions aimé que la réalité soit différente.. Le voyage de retour nous offrira néanmoins ce que nous espérions voir avant de quitter la réserve.
Pas de regrets, une expérience inoubliable, mais seulement un peu d'amertume vis à vis d'un combat juste qu'il semble malgré tout impossible de gagner....
superbe teck dans la jungle : mais flippant!
RépondreSupprimeret le combat pour préserver cet environnement est gigantesque...merci pour votre post et photos, bonne route à bientôt vous lire.
L'anecdote sur la morsure des fourmis me rappelle Milo, le chevalier d'or du scorpion, avec son aiguille écarlate : si il te touche 15 fois, tu meurs comme avec les fourmis ;)
RépondreSupprimerBref, le dépaysement est total : Les photos de la faune et de la flore sont bluffantes et fêter ton anniversaire la-bas, ça devait être quelquechose :D
On se console comme on peut
RépondreSupprimerhttp://www.pinacotheque.com/
Continuez d'en profiter
Faites jouer les 5 sens
Kiffer et imprégnez vous
No comment Superbe
RépondreSupprimerJ'adore cette communion avec la nature et avec ces gens qui y vivent ! gorgeous !
RépondreSupprimerps: merci pour la jolie carte "Y3" (MB)
J'adore vos photos... encore! à bientôt.
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