vendredi 15 octobre 2010

Huaraz et le trek de Santa Cruz


Après quelques jours de repos à Huanchaco, nous voici donc à Huaraz, à 3000 m d'altitude, située dans la partie centrale de la Cordillère des Andes, au pied de la Cordillère Blanche. Après quelques heures passées à errer dans la ville, nous constatons que la difficulté à reprendre notre souffle ainsi que le léger mal de tête qui l'accompagne ne sont pas seulement dûs à la soirée de la  veille ( à Huanchaco ).
Arrivés à l'hôtel, tout le monde nous conseille vivement de rester une journée de plus pour nous acclimater. Stephen pourra ainsi récupérer de son état grippal.

Le lendemain donc, nous passons la journée à chercher les dernières choses nécessaires au bon déroulement de ce trek à plus de 4000 m. Bonnets, gants et chaussettes en laine de lama, ainsi qu'un brûleur et une micro-bouteille de gaz. Pour la nourriture, c'est simple, 18 paquets de nouilles chinoises, soit deux paquets chacun par jour pour trois jours. Pour les petits déjeuners, trois cakes et du maté à la coca. Pour les encas six barres de céréales chacun, soit deux par jour. Cela nous semble ni trop, ni peu pour trois jours. Un plan qui se déroule sans accro... à part le fait que nous sommes restés quatre jours...

"Ce trek est facile!" nous diront tous ceux que nous croisons. Chose que j'espère bien après avoir constaté un début de Soroché, le mal des montagnes, et ce dès 3000m.
Facile oui, avec des porteurs et sans sacs pesant 12 kg avec tout le matériel sur le dos...

Quand vous partez à plus de 4000 m, quelques précautions sont à suivre. Boire beaucoup d'eau, manger léger la veille, et bien se reposer. C'est pourquoi...


... un petit détour par la crêperie Chez Patrick s'impose. Nous respectons les consignes, raclette, vin péruvien, et le fameux dijo de Patrick, Coca Sour, un alcool à base de plante de coca, que notre hôte nous offrira par deux fois. Nous nous couchons donc à minuit trente, avec la sensation que la nuit sera trop courte. Lever à 5h30. Nos sacs sont fin prêts. Coute a pensé à tout et nous impressionne en sortant son couteau.


De gauche à droite, mon couteau, celui de Stephen, puis de Coute... Sans nul doute il saura nous défendre contre une attaque de motte de beurre.

Nous prenons la route de Vasquérian, à 5h de route de Huaraz. Enfin de route, c'est vite dit. Du chemin caillouteux de montagne. Le bonheur. Comme nous sommes installés au fond du bus, un vieux et sale réflexe de notre jeunesse, nous sentons la route comme personne, et trouvons enfin la position idéale : en suspension sur les cuisses, façon jockey. Le chauffeur du bus nous lâche enfin dans un virage, à midi. "C'est là!"   Moment de réflexion...  Rien n'est indiqué, la carte s'impose. Un gamin nous aperçoit et nous guide vers le début du trek, l'aventure commence. Après deux heures de marche plutôt tranquille, nous faisons une halte pour tester notre réchaud et nos nouilles. Premier constat, la bouteille de gaz ne tiendra sans doute pas toute la durée du trek. Second constat, chaque pas que je fais est rythmé par un afflux sanguin douloureux derrière le crâne. Ca commence fort.

Nous traversons une vallée à l'herbe rase, qui explique sans doute la maigreur des vaches que nous croisons. Après avoir gravi une zone boisée, dont les arbres semblent avoir été dépecés ou brûlés à l'acide, nous posons notre premier campement, à 3850m. Pour économiser le gaz, nous cuisinons au feu de bois. Nous allons avoir l'occasion de tester notre tentes ultra-légères, seulement un kilo. J'ai judicieusement placé la mienne de manière à ce que ma tête soit plus basse que mes pieds. Je glisse. Je m'applaudis donc intérieurement et tente de me tourner sans toucher les parois, qui commencent à être trempées par la pluie qui nous souhaite la bienvenue. Je passe ainsi une nuit quasi blanche à lutter contre le Soroché, qui m'offrira mon premier vomi nocturne. Stephen et moi sommes heureux de constater que nous avons acheté une tente pour randonnée par temps sec en plaine... 

Le deuxième jour, nous sommes motivés! nous allons franchir le Punta Union, un col à 4750m d'altitude, un peu moins que le Mont Blanc. Mon mal de tête s'estompe et se réfugie dans le crâne de Coute. Nous marchons des heures en lisant notre carte, sans croiser âme qui vive. Coute commence à penser que nous sommes perdus. A chaque butte que nous franchissons, notre marche se transforme en piétinement. Puis enfin, au sortir d'un virage, j'annonce aux autres : "c'est bon les gars, nous sommes tout prêt! Il nous faut sans doute passer à gauche de cette grosse paroi rocheuse!". Stephen me reprend : "Nick, regarde bien. Tu vois le petit chemin là? C'est là qu'il faut passer, SUR cette paroie rocheuse". Silence et désespoir, le "mordor" nous fait face...


Au loin l'orage gronde, nous accélérons le pas. La neige s'y met, et nous atteignons le sommet coursés par les nuages. Heureux d'être à 4750m après cette ascension hardcore, la descente dans l'autre vallée finit de nous arranger les genoux. La nuit tombe, nous établissons notre campement sur une étendue plane, à 4400 m, avant la zone que nous souhaitions atteindre. Pour lutter contre les températures qui seront négatives cette nuit là, nous choisissons de réserver une tente pour les sacs et une tente pour moi et Stephen. A peine ai-je monté celle-ci que je me réfugie dans mon sac de couchage, pétrifié par le froid, avant de confectionner quelques minutes plus tard un nouveau paillasson à base de nouilles chinoises.

Notre troisième jour est en théorie le dernier. En théorie... Car nous avons appris à multiplier par deux, voire trois, les durées que nous indiquent gentiment les trekkers que nous croisons, avec leurs jolis petits de sacs de 4 kilos...  Après qu'une dame d'environ soixante ans nous ait annoncé que nous étions à 40 minutes de notre objectif, nous arrivons, nous ne savons toujours pas comment, 1h30 plus tard au sommet d'une crête rocheuse surplombant une lagune aux eaux turquoises, endormie au pied d'un glacier, et ce sans jamais avoir trouvé le chemin officiel.


Le trek est éprouvant, mais les paysages qui nous entourent sont une juste récompense. La Cordillère Blanche nous offre ses monts de plus de 6000m en spectacle. Après une troisième et dernière nuit bien plus agréable que les précédentes, nous redescendons la vallée à vive allure, motivés par la perspective d'une douche et d'un bon repas. Les deux derniers jours, nous avons fait cuire deux portions de pâtes pour trois à chaque repas. Autant dire que nous avons brûlé quelques calories...

A mesure que nous avançons, les paysages changent, les plaines laissent la place aux lagunes, puis aux torrents et aux montagnes couvertes de forêts. Nous ne pouvons nous empêcher de regarder derrière nous tous les cent mètres, pour graver à jamais l'image de ces monts qui disparaissent peu à peu, et celle de ces paysages colorés dont la beauté vous prend aux tripes. 


Enfin, deux montagnes formant une faille gigantesque s'ouvrent sur une vallée cultivée et annoncent la fin de notre périple. Un dernier tour en taxi nous apporte quelques émotions fortes sur la route la plus terrifiante de ma vie, aux ravins abrupts sur quelques centaines de mètres. Le chauffeur étant plus occupé à discuter avec sa femme qu'à regarder devant lui, le retour sains et saufs à Huaraz fût un grand moment de plaisir.

15 commentaires:

  1. Superbe tout simplement!
    Et visiblement aucune agression de motte de beurre, merci à Coute ;)

    Vivement la suite

    Bizs les gars

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  2. Petite question comme ça en passant. Le couteau en plastique de Nick c'est pour se protéger des playmobils qui risqueraient de vous attaquer si la motte de beurre échoue ?

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  3. bravo les gars! vous l'avez réussie cette montée! plus c'est difficile à obtenir plus la récompense de ces sublimes paysages est magique.

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  4. je viens de voir vos photos du trek : je suis impressionnée de voir ce que vous avez fait, il faut être jeune et en bonne condition physique, mille merci de nous faire partager vos photos, c'est inoubliable ce que vous avez vu!

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  5. Là, vous m'avez vendu du rêve !! Et les mecs qui se mettent une race à la crêperie la veille du trek j'ai adoré !!

    Bon courage les gayzous !!

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  6. Bravo les gars. Et je voudrais pas faire le malin, mais je trouve que c'est Stephen qui a le couteau de vrai treckeur... Bon vent pour la suite! Bien vu la crêperie juste avant le treck.
    Manu & Amélie

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  7. Super!!!, merci à chacun de vous pour vos récits, je sens en vous l'âme d'écrivains en herbes pour d'autres aventures de globetrotter... (chouettes les photos de paysages lointains) à bientôt vous lire et continuez à prendre soins de vous malgré les difficultés.

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  8. super les gars c'est le kif du trip

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  9. Une *raclette* dans une *crêperie* ? Mais c'est n'importe quoi ce trek, n'importe quoi polalala.

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  10. Ah! enfin! seul face à la nature! ... là je dis : Bravo!!! (MB)

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  11. Ouais c'est mon coutal le plus beau d'abord !!

    Et puis bon, c'est vrai que les photos sont sympas mais bon ça reste un échauffement ;)

    ...

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  12. Ca le fait!! Ca c'est des vacances...

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  13. un grand grand bravo à vous rois !!même si je connais que Nicolas ( et encore uniquement par ail)... chapeau les artistes faites nous découvrir le monde à travers vos yeux!
    Sandrine DELAGE

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  14. Merci à tout le monde! Steeves, pour ta gouverne, le couteau vert, c'est le seul qui ne rouille pas en milieu hostile! Ook!
    Sandrine, ça va, je ne suis pas encore dans le rouge? ;)
    Ced, la raclette c'était en ton honneur!

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  15. Ah Huaraz ... Entre cordillère blanche et noire ... Quelle ville ... que de souvenirs à vous lire ...

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