Nous sommes de retour en ligne. Saufs... ou presque (explications dans le prochain post).
Notre état d'esprit avant le départ :
- nous allons dormir dans des hamacs (donc mal dormir),
- avec énormément de gens autour (donc une promiscuité certaine),
- nous allons bouffer de la merde (des trucs qui sortent de l'amazone ou des trucs qu'on a jamais mangé avant et qu'on aime pas mais qu'on est obligé de manger sinon on va mourir de faim),
- les toilettes seront immondes (genre les mecs chient à côté, elle ne se vident pas ou mal, à la turque, pas de toilettes ?! wtf ?!),
- et surtout, surtout... pas d'électricité (aucun moyen de brancher nos DS pour la partie journalière de Mario Kart, le drame),
Nous étions donc parti sur les bases d'un enfer, préparés à affronter 6 jours de douleur pour remonter l'amazone jusqu'à Tabatinga et ensuite terminer avec de nouveau 3 jours d'enfer naval jusqu'à Iquitos.
Nos précautions avant le départ :
- Hamac attachés la veille du départ sur le bateau pour avoir les meilleurs places (celles du centre, pas de soleil, moins de vent, pas trop près du moteur ni des couloirs de passage),
- Sacs "packagés",
- Douche prise,
- Dernier passage aux toilettes pour retarder l'inévitable moment où nous n'aurons plus d'autre choix, malgré nos efforts, que de polluer l'amazone,
- Juan (si si souvenez vous, l'ami intime de Nicolas Hulot) rencontré sur le chemin vers le port qui nous accompagnera au bateau via un "taxi boat" qui nous soutirera 20 Réals (9 Euros) pour une traversé qui avoisine les 2 minutes (oui oui),
Nous sommes à bord, avons déployés nos hamacs dans la plus grande discrétion (leurs couleurs de typologie "vive" et de nature chaude : vert, orange et jaune aidant), il est 10h.
...
5 heures plus tard, après quelques tonnes de marchandises chargées et une centaines de personnes venues greffer leurs hamacs au plus près des notre avec semble-t-il l'objectif avouer de nous faire chier, le bateau part.
| El Encontro das aguas |
Dans un souci de sobriété et afin d'éviter de nous étendre en longues litanies verbeuses, voici la réalité de l'enfer escompté en "quelques" mots.
Le hamac est un outil délicat à utiliser. Tout d'abord, si monter dans le hamac ne s'avère pas trop compliqué, en descendre est déjà nettement moins aisé sans littéralement se vautrer sur son voisin, où se prendre les pieds dans les sacs nécessairement disposés à proximité. Après plusieurs adaptations et réglages, nous pouvons définitivement dire que :
- Il ne faut pas dormir "droit" dans un hamac (certains y parviennent néanmoins) sous peine de se démolir les genoux et d'avoir une circulation sanguine plus qu'aléatoire. Il faut dormir en diagonale et ainsi se rapprocher d'une position horizontale, le challenge étant alors d'éviter de se coincer un orteil dans le nez de son voisin (question d'hygiène).
- Il est impératif d'avoir un coussin de voyage pour se caler la nuque (ce qui permet aussi de rendre plus difficile l'accès à ses propres narines),
- Il est conseillé d'avoir un sac à viande (en soie ou en coton) soit pour se protéger du froid, soit des moustiques. Si il faut trop chaud, il faut faire un choix : suer et puer ou dormir plus frais et se gratter le lendemain,
- Il est impératif d'avoir un masque de nuit, les lumières ne s'éteignant parfois que très tard voir pas du tout, (Note de Nick : tafiole)
- Il est souhaitable d'avoir des bouchons d'oreilles, la TV étant allumé toute la nuit alors que tout le monde s'en fout et les brésiliens étant adeptes de la sonnerie de portable de 4mn50 au niveau sonore maximum à 5h du matin.
Les repas : Les horaires sont fixes : 6h, 11h, 17h. La nuit étant tombée à 18h, cela se comprend. Le même rituel accompagne le repas. Une gentille "fée" sillonne le bateau avec une clochette indiquant le moment de passer à table, venant même parfois nous sonner les cloches avec le sourire jusqu'au dessus de nos hamacs. Puis une file d'attente se forme très rapidement vers la salle du réfectoire : les brésiliens ont toujours très faim. Une quarantaine de personnes sont admises. Puis l'orgie commence, nourriture à volonté, plusieurs plats très variés sont présents sur la table et sont étrangement malgré tout présents à TOUS les repas, à savoir :
- Du riz,
- Des haricots rouges cuits,
- Des spaghettis,
- Une viande (boeuf, poulet, parfois poisson),
- Des condiments (dont du piment).
Les toilettes et les douches : A gauche pour les filles et à droite pour les garçons. Le seul problème est que toutes les portes étant bleues et celles de gauche nous semblant plus propres.... Bref... quand les toilettes ne débordaient pas avec un tirage de chasse loupé, la plupart des sanitaires étaient relativement propre. Si l'on sait faire abstraction de la chaleur de type sauna et des papillons de nuit géants restant fréquemment coincés dans les sanitaires, nous n'avons pas à nous plaindre.
La terrasse : Le pont supérieur étant composé des suites (avec air conditionné), d'une terrasse couverte (avec chaises et tables en plastiques), d'un snack-bar et d'une terrasse arrière découverte (plus petite), nous y passions une grande partie de notre temps. Pour nous l'occasion :
- d'observer l'amazone,
- la jungle,
- de regarder Coute apprendre jongler et attirer les enfants tout en disant "Ces balles de jonglages, quelle putain de bonne idée pour créer le contact tout de même",
- d'échanger avec d'autres voyageurs,
- de regarder les brésiliens se soûler à la bière en pleine journée,
- de rédiger nos journaux d'aventurier (nous reparlerons du côté "aventure" dans le prochain post, j'anticipe les remarques),
- d'apprendre l'espagnol et, parfois même...
- de manger, Nick et Moi, en tête à tête, avec une vue imprenable sur la jungle et l'amazone. Oui, la vie est dure, on parle de manger la MÊME nourriture, midi et soir pendant 6 jours et en grande quantité !!!
Les voyageurs : Nous avons rencontrés différentes personnes sur le bateau :
- Marta : L'asiatique voyageuse solitaire qui cherche un endroit où vivre à travers le monde et qui sillonne l'Amérique du sud depuis maintenant 9 mois mais qui n'a toujours pas trouvé (la vie est dure pour tout le monde). Parle couramment anglais, français, espagnol et le mandarin, elle surprend pas sa capacité d'adaptation.
- John et Ellen : Nos sympathiques amis de l'hotel Manaus qui remontent vers la Colombie en suite climatisée. La vie d'aventurier n'est pas facile tous les jours.
- Miguel : Notre adorable ami colombien qui est parvenu à monter à bord à grand mal, il sait même être drôle alors qu'on ne parle pas un mot d'espagnol.
Les dauphins : Oui, nous avons vu les dauphins, pour une fois je vais faire court.
La jungle : Oui, nous avons vu la jungle, on a même vu que ça pendant 6 jours. Pour l'occasion je passe la parole à notre intervenant spécial Nick.
En partant de Manaus, qui se situe sur le Rio Negro ( aux eaux noires comme son nom l'indique ), le bateau mettra quelques dizaines de minutes pour atteindre le Rio Solimoes, aux eaux café au lait, et qui remonte jusqu'à la source du fleuve Amazone. Leur différence de température et de densité les fait glisser l'un contre l'autre pendant quelques kilomètres sans se mélanger. C'est l'Encontro das Aguas, la rencontre des eaux.
Les zones habitées s'estompent peu à peu, et se font rapidement dévorer par la forêt. L'air se fait plus pur, et à la tombée de la nuit, des odeurs de muguet parviennent jusqu'à nous,
La sécheresse a transformé les pentes douces des berges en de petites falaises d'une dizaine de mètres, une fine couche d'herbe d'un vert lumineux, puis les arbres. Difficile d'imaginer que la forêt s'étend quasiment à l'infini.
Chaque jour est le même que le précédent. Les rives défilent et se ressemblent toutes. Quelques arrêts dans des villages ponctuent les sillons laissés derrières nous. Seul le crépuscule est changeant, toujours magique. Nous patientons en tentant d'observer la faune, en apprenant nos leçons d'espagnol, et en étudiant notre prochaine étape. Par deux fois le bateau s'enlise dans un banc de sable, de nuit. L'équipage est rodé, en deux ou trois heures nous voilà repartis. Personne ne sait exactement quand nous arriverons à Tabatinga. Certains nous disent dans la nuit, d'autres le lendemain matin. Finalement, le bateau accostera à Benjamin Constant. Pour deux jours... Changement de programme, tout le monde descend, hors de question d'attendre. Nous embarquons dans un "speed boat", quatre fois plus rapide, pour rejoindre la triple frontière en une trentaine de minutes. Les bateaux partant trois fois par semaine en moyenne, si vous calculez mal votre coup, vous voilà bloqué quelques jours de plus où vous vous trouvez. Et si vous restez bloqué à Santa Rosa, dommage...
Bon voilà, en gros, en très gros, c'était sympa au début, mais si vous vous êtes un tant soit peu emmerdés en lisant ce post pendant 5mn, sachez que nous ça a duré 6 jours et que je n'ai même pas parlé de la petite qui se balance en hamacs et nous entraîne avec elle jusqu'à percussion mutuelle en pleine nuit, des gamins qui pleurent, du mec qui a vomi ses tripes dans tout le bateau jusqu'à évacuation pour cause d'insolation, de l'incroyable technique de fraude de miguel avec les contrôleurs massifs du bateau, des araignées fantômes, et surtout, surtout, de l'incroyable sens de l'écologie sur l'amazone !
Vous pouvez m'en remerciez.
Un peu plus d'aventure dans le prochain post, plus court et percutant.
PS : Pour ceux qui voudraient savoir, non, nous n'avons pas fait tomber le savon !
Merci d'avoir pris le temps de poster ce message, effectivement on imagine un peu! votre périple en Amazonie!
RépondreSupprimerquel dépaysement!
Bonjour Stephen,
RépondreSupprimerc'est un régal de lire vos posts. Continuez à nous transporter dans ces contrées d'ailleurs, cela nous fait rêver...
Bonne continuation.
Damien Elise Maéthan et ...
Ahah le coup du masque de nuit, c'est du grand Steph !!
RépondreSupprimerSalut à tous,
RépondreSupprimerMerci à vous de nous faire découvrir cette région que personne ne connait. Surtout continuer à détailler au max ce périple, ca nous a pas emmerdé !! Bonne continuation.
En fait, anonyme c'était
RépondreSupprimerChristophe et Annie...
Merci pour l'aventure, "quelle histoire" par contre je ne pensais pas qu'il pourrait y avoir des dauphins dans le fleuve amazone. (c'est quand même mieux que des piranhas). pour le manque d'électricité il faudra inventer la DS solaire. bonne suite à vous.
RépondreSupprimerAniki, en te lisant, j'avais l'impression d'entendre Stéphane Rottenberg qui commentait une épreuve de Pékin Express :)
RépondreSupprimerLa chaleur et les moustiques semblent assez difficile à supporter mais avec ton passé de chasseur de Grizzly, tu ne crains pas grand chose ;)
Bon courage pour la suite de votre voyage.
ça fait plaisir d'avoir des news. ça nous change de notre routine. bon courage pour la suite.
RépondreSupprimerMerci les amis,
RépondreSupprimerpetite pause à Trujilo pour quelques jours, on devrait avoir le temps de mettre un peu à jour le blog avec un ou deux nouveaux posts pour la suite de l'aventure :)
Pour répondre à une autre question (Laurent si tu me lis), les araignées fantômes apparaissent au crépuscule et aucun de nous, malgré une observation attentive, n'est parvenu à détecter leur origine.
Un centimètre maximum, ces araignées couvrent par centaines le plafond du bateau de toiles pour capturer les multiples insectes venant nous harceler.
Cela n'empêche pas les piqûres de moustiques dont je suis semble-t-il le "plat" préféré.
A plus tard ;)