samedi 4 août 2012

Pékin Express !

Et nous voici en Chine !

Pour plus de commodité et de clarté dans le récit, je parlerais au présent bien que nous soyons déjà rentrés (pour ceux qui n'auraient pas suivis ou ne seraient pas encore au courant). Et non, le Laos, aussi attirant soit-il ne nous aura pas retenu pendant ces... 14 derniers mois.

Passage à la douane et fouille générale du bus, des valises, du contenu des tiges métalliques de la poignée coulissante des valises, de l'orifice situé à l'arrière de... Bref ! Après 2h d'attente à la douane dans la joie et la bonne humeur (malgré un couple qui a failli ne pas rentrer avec son enfant, nous n'en connaitrons pas la raison) nous repartons. Alors qu'au Laos nous contournions les collines et montagnes sur une route de type "défoncée", nous filons maintenant comme le vent sur une route de type "voie rapide" en passant _dans_ les collines et montagnes. L'infrastructure routière n'a rien à nous envier et lorsque l'on ramène cette vision à l'échelle d'un pays comme la Chine, même si son développement n'est pas uniforme, nous avons un premier aperçu de l'évolution fulgurante que ce pays a connu ces dernières décennies.

Après 40h de bus, un bout de carrosserie perdue, un pneu crevé, et d'innombrables arrêts pour se restaurer ou restaurer le bus qui perdait sa structure, nous parvenons à Kunming, capitale de la province du Yunnan située au Sud de la Chine.

C'est donc fatigués par un matelas trop fin, des odeurs trop présentes, un brouhaha composé de bruits de moteurs/alarme de téléphone à 5 heures du matin/Je gueule si je veux d'abord/Musique de m.... que nous sautons dans le premier taxi venu pour notre première arnaque rituelle (Autant en finir au plus vite, ensuite nous savons, ensuite nous disons "non").

Il est près de 6h du matin lorsque le taxi nous dépose devant une "guesthouse" dans laquelle nous espérons passer la nuit. 2ème étage, grande terrasse à ciel ouvert, pièce de vie avec billard, téléviseur géant et canapés en cuir, nous sommes emballés. Pas de place, nous décidons de décamper. Avec moins de 3 semaines en Chine et aillant prévu d'arriver une semaine avant notre départ pour la Mongolie à Beijing (Pékin), nous n'avons pas de temps à perdre et beaucoup de choses à voir.

Train réservé pour la fin de soirée, nous avons la journée pour profiter de Kunming. Premier aperçu de la Chine, bienvenue aux Etats-Unis ! Quoi ? Non... Mac Donalds, Starbucks, Nike, Adidas, Apple Store (Ah non, c'est un faux), Mac Donalds, Starbucks, ah et Mac Donalds aussi... (Dédicace : "There is definitely a Mac Donalds here !"). Malgré cette claque capitaliste inattendue, nous sommes restés pantois devant le silence quasi-religieux de la rue principale de la ville. Le nombre de voitures étant réduit, ce sont surtout les scooters, innombrables et TOUS électriques qui sont fascinants.

Une rue piétonne du centre avec l'un de ses Mac Donald's

On entend souvent parler du côté écologique de l'électrique et du souhait de se désolidariser de la dépendance énergétique à l'énergie fossile. Je pense qu'on peut sans trop se tromper dire que la France parle beaucoup et que la Chine agit. Bien sûr, la pollution est déportée. Car même si la Chine est un des pays qui investit le plus dans l'écologie, elle reste aussi parmi les pays qui polluent le plus et sa pollution va augmenter dans les années qui viennent à cause de son inéluctable et frénétique développement. Malgré celà, malgré des choix discutables comme le barrage des Trois-Gorges, elle bouge, elle essaye et elle apprend. Le status quo n'est pas son credo. On apprend ni de ses réussites, ni de son inaction. Oui, en Chine, ça bouge. Et ça bouge vite.

Et malgré ça, malgré une activité débordante, une appropriation de moeurs qu'on ne pensait trouver qu'en occident, une évolution technologique incessante, nous retrouvons chez les chinois toute leur essence historique, leurs traditions et les "clichés" que nous espérions secrètement avoir la chance d'observer. Au fil de nos tribulations, nous nous rendrons compte que si certains ne résistent pas à la vague des inclinaisons occidentales liées à notre mode de vie (Vie centrée autour du travail, consumérisme exacerbé, perte de la conscience de soi et de certaines valeurs, etc...), certains conservent pratiques et traditions de leur province et de leur pays.


Une journée c'est court, et nous avons beaucoup de route à faire jusqu'à Beijing, environ 5000 km à parcourir et bien trop de choses à voir. Mais nous attendions aussi la Chine pour une autre raison : le train ! Après y avoir goûté en Thailande, cette fois ci, nous allons en profiter. Les distances sont énormes et la plupart de nos trajets dureront 20h. Dans ces conditions, il est conseillé de prendre les classes couchettes. Il existe 4 niveaux de classes en Chine, selon les lignes :
  • Classe couchette confort : Nous ne la prendrons pas, tout du moins pas en Chine, car plus chère et pas forcément justifié pour nous. Elle se compose d'une cabine avec une porte que l'on peut verrouiller et de 4 lits "confortables" avec des coffres pour ranger ses affaires.
  • Classe couchette dure : Un simple matelas assez fin sur une planche de bois. Ce n'est pas vraiment une cabine mais plutôt 2 mûrs ouverts sur le couloir du train avec sur chaque, 3 lits superposés dans lesquels il est délicat de tenir assis. Malgré celà, on dort relativement bien.
  • Classe assise confort : Des fauteuils un peu rembourrés. Pas plus confortable que nos TER.
  • Classe assise dure : Des bancs avec dossiers à 90°. Tout en bois brut sans rembourrage. Nous la prendrons plusieurs fois à défaut de places en classe couchette. Nous le regretterons, à chaque fois. 20h de train comme ça, c'est nuit blanche garantie (non ils n'éteignent pas la lumière non plus).


Notre premier trajet se fera en couchette, pour une découverte en douceur. Le train est le transport par excellence pour découvrir la Chine, profiter de ses paysages... et 20h plus tard...

Guilin, ses terrasses de riz, sa "Li River"

Notre arrivée à Guilin est saluée par une pléthore de taxis qui nous assaillent, se disant que nos têtes d'occidentaux devraient bien leur rapporter quelques Yens. Mal leur en a pris, nous avons déjà goûté et nous sommes repus. Bien sûr, quand on leur demande le bus à prendre pour aller au centre, ils ne nous répondrons pas. C'est donc en ignorant totalement leurs nombreuses éructions à notre égard que nous montons dans le bus que nous as gentiment indiqué un local. 1 Yen le trajet, c'est tout de même plus honnête que 100 Yen de taxi.

Une sensation de sérénité...

Guilin ou la forêt d'Osmanthus est la préfecture de la province Guangxi. Situé sur la rivière Li, elle est très connue pour ses terrasses de riz et les paysages magnifiques de sa rivière que nous qualifierons de "Dragonballesque". Nous y rencontrons Melihat, globe trotteuse en Asie avec qui nous profiterons de l'arnaque des terrasses de riz. Oui, la Chine a bien évolué et on s'y sentirait presque chez nous (à l'exception près que 95% des touristes sont chinois). On se sent comme à la maison quand une agence vous vend une journée exceptionnelle "tout compris" et que vous devez vous acquittez du droit d'entrée dans le parc national qui abrite justement les terrasses que vous avez "payé" pour visiter. Ceci après 2h de bus bien entendu... Le côté effroyablement touristique du lieu (grand chalet d'accueil, nombreux "locaux" vêtus de costume "traditionnels" avec les bras remplis de "produits locaux" tous les 10 mètres a une tendance à refroidir un peu l'ardeur du voyageur à la recherche d'authenticité. Nous l'avons cherché, passer par une agence, c'est aussi le risque de tomber là dessus. Malgré tout, le village à flanc de montagne, cotoyant les étages de rizières en culture est tout simplement magnifique. Et si l'on parvient à occulter l'aspect commercial du lieu, on se surprend à rêver devant la beauté des paysages...

Le premier qui rira...

Fort de cette expérience, la découverte de la Li River se passera différement, foi de nous ! Partant bille en tête pour la gare routière la plus proche, bien décidés à trouver un bus pour nous emmener dans un petit village près de la rivière où nous pourrons trouver un pêcheur qui nous louerai son bateau une poignée de Yens, nous arrivons devant la gare... bien sûr personne ne parle anglais et tout est écrit en Chinois (normal). Devant notre désarroi, un homme d'une quarantaine d'année avec un certain embonpoint doublé d'une insistance oppressante parviendra à nous faire regarder son prospectus. Il est déjà tard et plus nous tardons, plus nous risquons de louper l'occasion de naviguer sur la rivière aujourd'hui. L'homme nous rassure et nous dit qu'il s'agit d'une "entreprise familiale".

La voilà la famille :)

Il avait raison. Après avoir négocié les prix (par principe), il nous colle dans un bus avec une accompagnatrice. Arrivés au village, elle nous convie dans une maison à l'écart, avec la grand-mère qui nous parle en rigolant. Nous n'y comprenons rien, alors nous sourions aussi, elle semble heureuse. Quelques minutes plus tard, après nous avoir proposé de l'eau (que nous refuserons poliment par respect pour nos estomacs), le capitaine de l'embarcation que nous allons prendre vient nous chercher. Treillis de militaire et parlant couramment chinois, nous voici partis pour suivre et nous taire. C'est un peu ça aussi l'aventure ! La surprise est bonne, une heure de traversée dans les décors atypiques de la "Li River", et malgré une circulation maritime un peu trop dense à notre goût, nous en prenons plein les yeux.

Ta Da Da dada !  Ta Da Da dada !...


Les montagnes flottantes

C'est donc plein d'entrain que nous repartons, toujours en train, pour Zhangjiajie. Cette fois-ci avec une correspondance, notion assez obscure pour les chinois qui, à la billetterie officielle, nous disait qu'il n'y avait pas de train pour Zhangjiajie. Nous avons dû leur expliquer que l'on souhaitait descendre sur Liuzhou et prendre le train vers Zhangjiajie. Il semble qu'ils n'aient pas mis à niveau leurs outils de réservation... Nous y parvenons néanmoins en prenant 2 billets. Nouvel objectif : découvrir les formations karstiques qui ont inspiré les montagnes flottantes du film Avatar.

Première journée de visite pendant laquelle Nick et moi avons combattu pour celui qui se ferait prendre le plus de fois en photo avec les touristes locaux. Usuellement, de part sa crinière sauvage de voyageur et sa barbe hirsute, le sieur Nick est le chouchou des touristes. Pour lutter, j'ai dû avoir recours à mon chapeau d'aventurier (sponsorisé par Decathlon) et ainsi atteindre l'égalité pendant cette journée de visite. Cependant, bien que divertissant, la vraie attraction de la journée se passe de commentaires...

BinBinBin Boooooom !

La première journée terminée, une heure de bus plus tard et de retour à la ville, nous profitons d'un gros menu au Mac Donalds pour 2,5€ (désormais un rituel). Le lendemain, nous découvrons à quel point il peut être délicat de se faire comprendre quand on ne parle pas Chinois (même les gestes ne suffisent pas toujours). Nous cherchons une boutique de la "China Railway" (équivalent de la SNCF en Chine) qui est censée se trouver dans "cette" rue ! Nous ne la trouvons pas, alors nous essayons de demander, en montrant un ticket de train, en expliquant comme nous pouvons, et inlassablement, on nous indique la direction de la gare (à 10mn de taxi). Aucune, vraiment aucune personne ne parle un mot d'anglais. C'est en effet tout à fait normal dans une petite bourgade touristique d'environ 1 600 000 âmes, je ne sais pas à quoi nous nous attendions...vraiment...

Frustrés, nous prendrons un taxi pour la gare (et les tickets en "Hard Seat", nous y reviendrons), puis nous retournerons explorer une nouvelle fois le parc de Zhangjiajie. Nous nous ferons duper en prenant un ascenseur sans autre moyen pour redescendre que de le payer à nouveau (ou faire le tour, soit 3h de trajet). Partis tard, nous reviendrons très tard, nous courrons pour attraper notre train et nous filons sur Shanghai.

Voyage éprouvant pendant lequel nous découvrons la classe dite "Hard seat" (Littéralement "Sièges durs") mais autrement appelée "nuit blanche" dans nos contrées. Vous avez en gros un banc de type planche avec un dossier de type planche les deux étant agencés à 90°. Ceci vous permet de vous installer le moins confortablement possible pour toute la durée du voyage. Ensuite, vous pouvez tranquillement ne pas dormir pendant les 20h de trajet. Les plus jeunes/petits y parviennent néanmoins en se glissant sous les sièges ou entre vos jambes et en bougeant très régulièrement ce qui vous rappelle cette torture qui rend fou et que vous n'avez pas connue.

Shanghai

La tête retournée et un lit à l'esprit, nous voici à Shanghai. Une des villes les plus moderne de Chine, avec ses grattes-ciels et son centre des affaires. Nous sommes chanceux, Yannick, notre ami Allemand rencontré à Bangkok est à Shanghai en ce moment. Il tente de monter son business et nous a réservé des places dans sa "guesthouse". Merci à lui :) Billard, canapé et bar, l'ambiance est très agréable. Nous y rencontrons du monde, quelques français en stage ou en voyage et en profitons pour retrouver un peu l'ambiance du Pays. Nous découvrons la ville, sa rue passante, son centre d'affaire "The Bound" et sa "skyline" saisissante, mais aussi ses parcs, ses pratiquants de valse et arts martiaux de plein air. Nous avons presque l'impression de retrouver ici, en Chine, l'image d'une France d'antan, une communion qui n'existe presque plus chez nous. Vivant d'un égocentrisme maladif, nous en perdons de vue l'essentiel. Quand on voit ces personnes danser et changer de partenaire au gré de l'humeur, prendre du plaisir à profiter de la nature et du beau temps, apprendre à manipuler l'énergie avec son mentor, on ne peut que se dire que nous nous sommes égarés en route...




Prenant plaisir à nous détendre, nous avons néanmoins une mission à accomplir : récupérer le billet du transmongolien reliant Beijing à Ulaan Baatar que nous avions réservé sur le site chinois de la "China Railway". Nous avons notre réservation imprimée, nous n'avons plus qu'à payer pour obtenir nos billets. Naivement, nous nous présentons à un bureau de la "China Railway" espérant que l'on pourra nous renseigner. Les employés regardent la réservation, interloqués. Voyant que nous n'arriverons à rien ici, nous leur demandons le plus simplement possible (l'anglais n'est pas leur fort) si nous ne devrions pas retirer les billets à l'adresse indiquée sur le billet. Ils acquiescent sans grande conviction. Et c'est parti, nous prenons un taxi qui nous emmène à 10mn d'ici, au pied d'un immeuble. Nous rentrons et nous voyons une petite affiche nous indiquant effectivement un bureau de la "China Railway", dissimulé derrière une simple porte au rez de chaussé du batiment. Nous rentrons, trois bureaux nous font faces dans une pièce tout juste assez grande pour accueillir correctement les clients. La pièce ressemble plus au local technique d'un petit réparateur en Informatique qu'à une boutique où l'on peut retirer un billet de train international. Nous apprenons qu'ils ne font plus ces billets, c'est terminé. Il n'est plus possible de les retirer ici, c'est à Beijing qu'il faut voir ça. Nous avons beau leur montrer l'adresse, il semble que le site ne soit pas à jour... Dépité, nous repartons à pied.

Nick, suivant son instinct, me fait remarquer qu'il avait vu une autre boutique de la "China Railway" peu avant d'arriver qui pourrait peut être nous aider. Nous parvenons à la retrouver, mais il s'agit d'une agence de voyage dont le nom est très proche. Perdu pour perdu, nous tentons tout de même notre chance. La personne qui nous accueille est adorable, et après lui avoir expliqué nos mésaventures, elle appelle le quartier général de la "China Railway" pour demander des explications, merci ! Nous apprenons qu'il est bien possible d'éditer nos billets, mais que nous devons nous rendre aux bureaux de Shanghai de la "China Railway". Elle nous donne l'adresse en nous expliquant que c'est tout près d'ici et que nous pouvons y aller à pied. Le coeur plein d'entrain, nous repartons. NB : Ne jamais faire confiance au sens de l'orientation d'un chinois, vous prenez un risque. Après plus de 20mn de déambulations à trouver une rue qui n'existe pas, nous hélons un taxi et lui présentons l'adresse qu'on nous as donné. Il l'inspecte, la lit et la relit, nous dis de monter, appelle un ami pour lui demander où cela peut bien être (nous le supposons), mets ses gants de cuir et se retourne avec un sourire écorné vers nous : "Ok, Ok !". C'est parti !

20mn de taxi plus tard, nous arrivons à un quartier d'affaire, dans une cour d'immeubles tellement défraichis qu'ils nous semblent presque désaffectés. Ce n'est pas le cas. 18 étages plus haut, après un arrêt au 16ème, étage obligatoire pour changer d'ascenseur et se faire contrôler en passant un poste de sécurité, nous parvenons à destination. Il semble effectivement qu'il s'agisse d'un bureau de la "China Railway". On nous indique le bureau afférent, première à gauche, puis à gauche au bout du couloir, puis à droite au bout et nous voilà au service international. Nous serons bien accueillis, nous serons compris, et nous pouvons enfin acheter nos billets pour la Mongolie. Ben voilà... c'était pas si compliqué finalement :) Et parce qu'ils sont sympas, ils iront même nous chercher nos billets pour Beijing ! En "hard seat", parce qu'on aime ça. Après une dernière nuit de sommeil et avoir dit adieux à nos éphemères compagnons, nous repartons, direction Beijing...

A la "China Railways", c'est plutôt convivial


Beijing

Beijing (ou Pékin pour nous les français) est une grande ville qui possède son propre métro. Premier choc : la pollution. Ici pas de scooter électrique, des voitures et une chape de particules qui obscurcit le ciel. Première étape trouver de quoi dormir, ce qui relève de l'exploit sans réservation. Premier hotel, une seule nuit disponible, 2ème hotel, 2 nuits seulement, et le dernier... le dernier... nous apprenons que le passeport est nécessaire car ils ont besoin de la photocopie du VISA, sans cela, impossible de dormir ici cette nuit. En effet, la police chinoise passe dans tous les hotels la nuit et prend connaissance du mouvement des étrangers. Si l'hotel ne peut justifier de la présence d'un étranger en règle, il semble qu'il risque gros (l'hotel pas l'étranger). Ce ne serait pas gênant si nous n'avions pas, à ce moment là, déposé notre passeport à l'ambassade de Mongolie pour obtenir notre VISA. Sentant déjà la nuit sur le trottoir se profiler, nous parvenons néanmoins à obtenir une copie de notre VISA en retournant au premier hotel et en leur demandant une photocopie (Ils numérisaient les passeports pour garder une trace). Problème résolu, mais l'administration n'en a pas finie avec nous...

Notre train pour la Mongolie part le mardi, avec précaution, nous nous présentons le mercredi précédent à l'ambassade pour apprendre que les demandes de visa ne sont traitées que le matin entre 8h et 10h. Nous arrivons comme des fleurs le jeudi, vers 9h, et la queue est telle que nous ne parviendrons pas à déposer nos passeports, les membres de l'ambassade mongole sont d'une "efficacité" incroyable, et les hommes en costume des agences de voyage qui grillent la file d'attente avec 50 passeports ne le feront qu'une seule fois. Nous n'avons plus le choix, vendredi matin, 6h30, nous sommes fin prêts à passer les premiers... sous la pluie et en 3ème position (oui, oui ! Seulement !), le regard rivé sur le moindre costume qui s'approche. L'animosité ambiante très perceptible qui règne près du guichet est suffisante pour faire comprendre aux employés d'agences qu'il ne passeront pas et que s'ils essayent, bien reçus ils seront. Nous faisons la connaissance d'un couple de français en tour du monde (Clémentine et Stanislas) qui ont eu les mêmes déboires que nous et partent eux aussi mardi matin. Passeport déposé, soulagés de le récupérer lundi prochain (dernier carat, car nous partons le mardi matin et les passeports doivent être récupérés entre 16h et 17h), nous allons pouvoir profiter de la ville.

Nous visitons la cité interdite, l'ancien palais impérial situé en plein coeur de Beijing, devant la place historique de Tian'anmen. Impressionnant par ses dimensions, le temps couvert (pollué) et la foule de visiteurs presque étouffante limite notre expérience. Nous goûtons cependant aux moeurs de chinois bien moins civilisés qu'à Shanghai. Il est de coutume (ou de pratique) de se présenter à un guichet en ignorant les 20 personnes qui attendent et de demander quelque chose en éructant bruyamment sa requête. De même, lorsque les portes du métro s'ouvre, il est de bon aloi de rentrer sans laisser sortir les gens. Nous décidons donc de suivre les moeurs chinoises par respect pour leurs habitants. Ainsi, chargés de nos sacs de 23 kilos et dépassant d'une tête la plupart des locaux, nous n'hésitons pas à éjecter les plus hardis en sortant des rames de métro, fendant la foule comme si elle n'existait pas... un comportement primal plutôt jubilatoire.

La cité interdite

La cité interdite faite, nous jetons notre dévolu sur la grande muraille de Chine (长城). Le symbole du pays, long de plus de 6000km, est un passage obligé. Nous trouvons une excursion pour une partie peu visitée (mais suffisamment pour disposer d'un accès par téléphérique) qui nous autorisera un parcours d'un kilomètre à pied sur la muraille (et ce n'est pas juste de la randonnée, les marches sont hautes). Pouvoir fouler un tel serpent de pierre, semblant se jouer des collines et survolant le paysage, sentir le vent et imaginer ce qu'était la vie des siècles en arrière... Quelles sensations ! Déjà, des puissants voulaient se protéger "d'ennemis" qu'ils ne parviendront de toute manière pas à empêcher d'entrer, au prix de millions de vie sacrifié sur l'autel de la peur ou du pouvoir. Est-ce que les choses ont vraiment changées ? Je ne vois pas vraiment la différence. Les murs sont justes différents, et beaucoup moins majestueux, plus pernicieux...

"Domino days"

Un visa Mongol d'antologie !

Lundi, veille du départ en train pour Ulaan Baatar, capitale de la Mongolie, avant-dernière destination de notre périple : entre 16h et 17h nous devons aller chercher nos visas. Nous étions tellement content d'avoir pu déposer notre passeport que nous ne nous doutions pas de ce qui était en train de se jouer. 16h30, une petite file d'attente, les gens passent relativement vite. Etonnés, nous constatons que tout le monde a 2 papiers à la main. Surpris, après 10mn de queue, nous interrogeons un voisin :
  • "Ça ? C'est le reçu !"
  • "Quel reçu ? Pour le passeport ?"
  • "Non, pour le paiement !"
  • "Le paiement ? Quel paiement ? Nous n'avons rien payé quand on a déposé notre passeport, on ne nous a rien demandé ou dit !"
  • "C'est écrit là, en tout petit, sur la feuille qui doit vous permettre de le récupérer, en bas"
  • "..."
Blanc nous sommes devenus. Empressés nous demandons où il faut payer. La banque semble être proche. Il est 16h40, il nous reste 20mn. Nous courrons, traversons l'avenue parallèle à la rue de l'ambassade. Nous demandons aux passants. Première indication, à gauche, après 2mn de course, haletants : ce n'est pas la bonne ! Il y en a une autre de l'autre côté qui s'occupe de ce paiement particulier, il est 16h45. Nick me tends les papiers : "Cours comme le vent !". Après presque 10 mois d'une activité sportive réduite, la course m'épuise, le temps que je demande aux passants la direction, Nick arrive quelques secondes après moi devant la banque : il est 16h50. Nous demandons à payer, l'hotesse d'accueil nous informe, rien que pour nous, qu'ils ne gèrent le paiement des passeports de l'ambassade Mongol qu'AVANT 16h30.

A ce moment, voici la situation : On nous annonce que nous ne pouvons pas payer notre passeport et avoir notre reçu. Sans reçu, pas de passeport aujourd'hui. Pas de passeport aujourd'hui, pas de train demain matin à la première heure. Pas de train, 150€ foutus en l'air et pas de garantie de pouvoir faire le trans-mongolien (car les places sont chères, dans tous les sens du terme).

A ce moment, voici la situation : La panique !

Là, à ce moment là, nous aurions pu brûler quelques kilos d'encens pour avoir notre passeport !

N'ayons plus d'autres choix, nous supplions l’hôtesse de rencontrer quelqu'un qui pourrait nous aider. Elle accepte et nous rencontrons donc un responsable que nous supplions de bien vouloir accepter notre paiement en retard en lui expliquant que nous n'avons que 10mn pour rejoindre l'ambassade. Il nous emmène à un guichet et discute avec l'agent puis nous indique de passer après la personne dont il s'occupe actuellement. Nous le remercions chaleureusement et comptons les secondes. Nick prends mes affaires pour m'alléger, je refais mes lacets prêt à courir pour l'ambassade dès le sésame en main. C'est notre tour, nous payons, je cours... L'ambassade est toujours ouverte, il ne reste que 3 ou 4 personnes dans la file. Rassuré, je fais la queue, ils ne sont pas à 5mn. Et c'est là que je croise de nouveau Stanislas, lui aussi en panique, dans la même situation que nous. Clémentine partie à la banque depuis peu et lui prêt à tout pour garder l'ambassade ouverte aussi longtemps que possible pendant qu'elle paye. Nick nous retrouve, je lui laisse les papiers et je vais rejoindre Clémentine pour ramener le reçu plus vite. J'arrive alors que Stanislas tient le crachoir à la mongole de l'accueil qui s'est avéré très compréhensive (peu courant dans les ambassades). Nous partirons tous ensemble \o/

Gengis Khan, nous voilà !

Dernière journée en Chine, nous montons dans le train. Une cabine 4 places que nous qualifierons de luxueuse après nos derniers trajets. Nous voyagerons en compagnie d'un professeur Suisse de Biologie parti pour étudier la flore de Mongolie et qui voyage en Asie depuis plusieurs années. Nous sommes sereins, les paysages se transforment progressivement, les collines deviennent moins hautes, la forêt laisse place à la steppe...

Après un dernier repas à la frontière, le temps que les douaniers fouillent le train et que les cheminots changent les essieus (l'écart entre les rails étant différents entre la Chine et la Mongolie), nous nous régalons d'un dernier repas Chinois autour d'une table ronde avant de passer à l'étape suivante...


4 commentaires:

  1. La dernière étape en mode panique m'a vendu du rêve.

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  2. Waaah, ça faisait un bail qu'il y avait pas eu d'articles et là, je suis pas déçu : épique aussi bien pour les paysages que les situations. Comme l'a dit Kwyxz, vous nous avez vendu du rêve. Merci les Gringos \o/

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  3. panique pour obtenir le visa Mongol!
    avec du retard, je viens de tout lire et voir les superbes photos
    magnifiques! merci Stephen
    Joce

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